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04/05/2008

La mécanique du désir au féminin

C’est un petit ouvrage de 200 pages, nourri par une joyeuse et brillante légèreté qui, il ya quelques mois, sans bruit, a jeté  un beau pavé dans la marre des clichés véhiculés depuis des lustres par les médias, sur les désirs des femmes, leur sexualité, leurs aspirations… Il s’agit de " Ce que femme désire ", de Kadi Sy Bizet (médecin d’origine africaine, spécialisée dans le traitement des problèmes dermato-esthétiques des peaux noires et métissées) et Eliza de Varga (parolière et auteure, d’origine française). Ces dernières années, en effet, nombreux médias triomphalistes, les magazines féminins en tête, n’ont eu de cesse de nous rebattre les oreilles sur le sujet, à coup de gros titres tapageurs et d’articles fumeux, sans consistance. Des " spécialistes " autoproclamés nous y ont servi, jusqu’à plus soif, moult histoires débiles de fantasmes et d’orgasmes, professant sans discernement, les normes d’un " droit à la jouissance ", valable pour l’ensemble de la junte féminine. Or, qu’en est-il vraiment ? Entre ces discours formatés, normatifs et les attentes réelles des femmes, leur intimité et leurs sentiments, le fossé est pour le moins abyssal et le trio désir-plaisir-sexualité n'a jamais été aussi difficile à cerner. C’est pour rétablir les choses et donner à comprendre ce qu’est véritablement la mécanique du désir féminin, que les deux auteures ont réuni leurs plumes, en toute simplicité. Riches de leurs expériences et de leurs cultures différentes, elles ont pris le parti d’interroger l’Histoire, les mythes, les traditions, dans les sociétés occidentales comme africaines, mais aussi la philosophie, voire la psychanalyse. Puis, elles sont allées à la rencontre d’autres femmes et d’hommes issus de divers horizons, lesquels se sont prêtés au jeu pour raconter leur rapport au désir, ce " carburant de vie, qui nourrit nos fantasmes et structure notre affect ". Certaines comme Mariame livrent spontanément leurs fêlures, leur combat lorsqu’il s’agit, par exemple, d’échapper au mariage forcé. D’autres, comme Eva, leurs doutes, leurs recettes de séduction et autres gris-gris ou leur soif de liberté d’aimer. De cette passionnante enquête, où l’on exalte le désir et révèle ses entraves depuis la nuit des temps, où l’on apprend pourquoi les femmes rient, pleurent ou jouissent, il en ressort que c’est avant tout, une affaire basée essentiellement sur le lien construit avec l’autre et vécue selon l’éducation, l’environnement, la trajectoire et la personnalité de chacun. La démarche a permis également à Khadi Sy Bizet et Eliza de Varga, de sonder les courants successifs d’émancipation de la femme, les codes du désir et du jeux amoureux à travers les époques, ainsi que leurs problématiques actuelles. L’homme est-il devenu une femme comme les autres ? Que sont ces néo-amazones dont les attitudes " viriles " font flipper les hommes au point de les déviriliser ? Que sont les nouvelles abstinentes, les polyamoureuses... ? " Ce que femme désire " est un livre ludique écrit avec soin, sans prétention littéraire aucune, qui propose une déambulation à la fois sensible et lucide dans le cœur et l’esprit des femmes. C'est surtout un antidote jubilatoire contre le bourrage de crâne ambiant, dans une société fragilisée, où les valeurs et les règles du jeu amoureux ont changé et où chacun cherche sa place.

 

Ce que femme désire "  par Khadi Sy Bizet et Eliza de Varga

éditions JC Lattès, 200 pp, 12 euros.

 

 

28/04/2008

Merci et chapeau bas monsieur Césaire

Et voilà que le lion a tiré sa révérence. Le maître de la forêt des pieds nus, Césaire, le tant Aimé. Pour sûr, il va manquer à nombreux d’entre nous. Le chantre de la négritude. Celui qui a su, mieux que n’importe qui d’autre, dire non à l’ombre, aux ténèbres de l’asservissement de l’homme, au racisme et aux injustices sous toutes ses formes. Fort heureusement, il nous reste sa voix grandiose, qui résonnera longtemps encore dans nos oreilles et dans celles des générations à venir. Cette parole fondamentale, volcanique, rebelle, clamée dans cette langue à nulle autre pareille, qui s’est chargée de dénoncer non seulement le sort réservé à l’homme Noir depuis des siècles, mais bien au-delà, de traduire les interrogations, les angoisses, la soif de liberté et les espérances de l’humanité tout entière dans la société contemporaine. A sa disparition il y a quelques jours, à l’âge de 94 ans, le grand homme n’est pas entré au Panthéon, comme l’ont réclamé, non sans arrières pensées, des membres de la classe politique hexagonale. Certes, le prestige du lieu sied tout à fait à cette figure d'exception. D'aucuns auraient même évalué le geste comme étant un juste retour des choses pour celui qui, de son vivant –et dieu sait si cette  plume immense l’aurait mérité- n'a pas eu non plus sa place à l’Académie Française! Pas dupes, ses proches ont préféré la belle terre de Martinique pour laquelle, le poète comme l’homme politique qu’il était a tant donné et où il repose, désormais, auprès des siens. Mais alors que l'homme de l'abject discours de Dakar a décidé d'offrir des funérailles nationales à Césaire, ce légendaire insoumis qui avait d'ailleurs refusé de recevoir, il y a deux ans, l'ancien ministre de l'Intérieur devenu président, pour cause de projet de loi sur "le rôle positif de la colonisation", il ne s’est pas trouvé –quel scandale!– un seul chef d’Etat, ancien ou actuel, de cette Afrique que l’ami de Senghor a tant chantée et portée toute sa vie dans sa chair et dans son esprit, pour venir saluer sa dépouille. Incompréhensible et impardonnable. Mais l'heure n'est point aux procès inutiles, voulez-vous. Laissons les uns à leurs velléités ambiguës de rédemption et les autres, à leur confortable amnésie. Pour honorer sa mémoire, le mieux serait de découvrir ou de redécouvrir les textes (poèmes, essais, pièces de théâtre…) de cet illustre écrivain. Cet être unique, raffiné et pétri d'intelligence dont André Breton disait -littéralement bouleversé lorsqu'il fut confronté, par hasard, en 1941, à la puissance du " Cahier d’un retour au pays natal " (eouvre majeure et fondatrice, que Césaire a écrite à seulement 25 ans)-, qu’il était "non seulement un Noir mais tout l’homme… le prototype de la dignité".

16:10 Publié dans Mon oeil | Lien permanent | Commentaires (0)