08.03.2011

La Journée internationale de La Marine

Ce 08 mars 2011 fut un peu partout, comme chaque année, à la même date, la Journée internationale de la femme. En France également, avec l'organisation de manifestations habituelles. Mais à en juger par la place que lui ont accordée l’ensemble des médias, ce fut surtout celle d’une femme en particulier : Marine Le Pen. Motif : selon deux sondages successifs de l’institut Harris Interactive, celle qui, en reine de la "com" a su, ces dernières années, adoucir l’image du xénophobe Front national, bien avant d’en prendre récemment les commandes coifferait au poteau, tous les prétendants de toutes tendances, au premier tour de la prochaine présidentielle. Même dans ses pires cauchemars, la classe politique française ne pouvait envisager un tel scénario. Pourtant, si ce dernier est aussi improbable, pour l’instant, que « le Père Noël à l’Elysée », comme disent certains pour se rassurer, et que les sondages ont prouvé à maintes reprises qu’ils étaient souvent à côté de la plaque, surtout à 14 mois des élections, chacun accuse le coup. D’après ces « experts » qui n’hésitent pas à rétribuer leurs sondés -comme le révèle le site Mediapart.fr- l’on se dirigerait tout droit vers un 21 avril à l’envers. Ce jour de 2002, où devant nos écrans de télévision, nos yeux ébahis ont vu apparaître la tête de Le Pen père, pendant que certains cherchaient en vain, celle du candidat socialiste Lionel Jospin, définitivement disparu des radars. Cette fois, c'est Sarkozy qui subirait le même sort et à sa place, nous devrions avoir la blonde Marine avec son brushing triomphant, face à l’autre finaliste éventuel. Mais qui est responsable de cette fulgurante lepénisation décomplexée de la société française? L’actuel chef de l’Etat lui-même, bien sûr, avec sa politique qui navigue à vue tout en léchant à pleine langue, l'écume des vagues du FN, son mode de gouvernance évoluant au rythme des faits-divers, des effets d'annonces et des débats anxiogènes tous azimuts, hier sur l’identité nationale, aujourd’hui sur l’Islam etc. Mais la fille Le Pen peut aussi dire merci au parti socialiste, gêné aux entournures par ce discours stigmatisant aux relents nauséabonds, mais incapable de lui opposer un programme, une alternative, une vision, à l'heure où le moral des Français est sous les talons et le taux du chômage frisant les sommets. Je ne sais pas pourquoi, mais tout d’un coup, j’ai envie de m’adresser à toi Marine : tu as raison de jubiler de plaisir. Car, face à une classe politique aussi hypocrite que défaillante, c’est un boulevard qui s’ouvre devant toi. J’ai entendu dire que ton premier déplacement à l’étranger aura lieu cet automne en Afrique subsaharienne afin de commencer à te donner une stature internationale? Tu ne manques pas d’air, ni de témérité, ma parole! Je sais, c'est une force que tout le monde n'a pas. Et pour y dire quoi? Laisse-moi deviner : « retenez vos candidats à l’immigration, sinon, ils iront grossir les rangs de ceux qui sont déjà responsables de tous les maux de la France ». Pourquoi tu te gênerais ? Après tout, celui que les sondages et toi avez déjà éliminé de la course (ne compte pas sur moi pour le plaindre) t’a précédée sur cette même terre africaine il y a quelque temps, à Dakar, précisément, pour aller y proclamer, les yeux dans les yeux, que « l’homme africain n’est pas rentré dans l’Histoire ». Ceux dont les ancêtres ont servi de chair à canon en 14-18 et en 39-45, pour libérer la douce France le remercient encore. Il te sera bien difficile de faire pire. Tiens, au moment même où l’on assiste à l’un des bouleversements politiques majeurs de ce début de siècle avec les révolutions arabes en cours, nombreux sont ceux qui y voient, non pas la promesse d’une démocratie et d'une liberté que l’on croyait jusqu’ici réservées à l’Occident, donc une chance bienvenue, mais plutôt la menace d’un déferlement d’étrangers sur le sol français. Tout de même, de tels événements n'imposent-ils pas, par leur grandeur et leur portée universelle, une autre grille de lecture? Certes, il faudrait être aveugle pour ne pas voir ces immigrés provenant de l'autre côté de la Méditerranée débarquer sur les rives italiennes. Mais il existe tant de mécanismes au niveau européen, pour appréhender cette situation d’urgence. Or, tu préfères crier au loup afin de vite "rassurer les Français" avant que ces "envahisseurs" ne gagnent le pays. Chantal Brunel du parti majoritaire UMP t'emboite le pas, en proposant de "remettre tout le monde dans les bateaux" pour ensuite s'excuser "pour la forme" de son propos et non "pour le fond". Toi, au contraire, tu assumes tout et affirmes, comme papa, que l'on "préfère toujours l'original à la copie". Aussi, tu envisages d’aller bientôt constater, de visu, cette « catastrophe » annoncée, sur l'île de Lampedusa et faire connaître "tes propositions" que l'on imagine aisément "spectaculaires". Pendant ce temps, les uns et les autres, encore sonnés par le coup de massu cherchent à se raccrocher aux branches en se livrant à cette sorte d’oral pitoyable de rattrapage diplomatique qui ne trompe personne. Cela, après les liaisons indécentes avec les dictateurs "dégagés" ou en passe de l'être, les bourdes de Michèle Alliot-Marie et de l’inénarrable ambassadeur de France en Tunisie. Dieu sait si l'égalité entre les sexes sur bien de plans reste encore une Bastille à prendre. On dit, cependant, que les femmes sont souvent plus courageuses que les hommes. Je confirme. Même quand elles sont porteuses, comme toi et l'ex-porte parole de l'UMP, de ces idées dangereuses qui nourrissent tant la haine et la peur des autres.  

11.02.2011

Bravo au peuple égyptien!

Ils l’ont fait ! Après 18 jours de mobilisation et de résistance, symbolisés par la prise de la place Tahrir, une place "de la libération" en plein cœur du Caire qui n’a jamais aussi bien porté son nom, les Egyptiens ont réussi, ce 11 février 2011, un immense et admirable exploit : se débarrasser de celui qui les a opprimés pendant trois longues décennies. Hosni Moubarak a donc démissionné sous la pression d’une rue, sans doute plus mature politiquement que certains l’imaginaient. C’est désormais le Conseil suprême des forces armées, cette puissante institution ayant néanmoins fait preuve de retenue durant tout le mouvement, mais dont on ignore réellement les intentions et les plans, qui est aux commandes. A elle maintenant de respecter la volonté de son peuple et de créer les conditions d’une vraie transition vers des élections justes et démocratiques. Une chose est sûre: plus rien ne sera jamais comme avant dans ce pays. Et l'on peut compter sur cette jeunesse que l'on a vue si motivée, ces hommes et ces femmes ayant vaincu la peur et exprimé si fortement leurs aspirations, pour rester attentifs à la suite des événements. Une population qui, pour sûr, redescendra dans la rue afin de sauver sa révolution "du Nil" comme on la nomme déjà, si jamais celle-ci venait à être menacée. Les Egyptiens qui attendent ce moment historique depuis longtemps ont conscience que tout n'est pas gagné et qu'une fois l'euphorie passée, viendra le temps des incertitudes sur les chances d'un futur meilleur à construire. Pour l'heure, ils savourent avec délectation leur victoire à travers les cris de clameur, les chants et les feux d’artifice. Le monde entier partage leur joie méritée et salue leur courage qui ne manquera pas d’inspirer dans le monde arabe et partout ailleurs où les droits fondamentaux des peuples sont bafoués par les dictateurs encore au pouvoir. Tout comme la détermination des Tunisiens leur a servi d’exemple et de catalyseur, il y a à peine quelques semaines. Mille bravos donc au peuple de ce grand pays. Et que la paix accompagne sa marche entamée vers la liberté.