08.07.2006
Constat du jour
Il y a ces silences, ces gestes, ces regards, qui en disent plus que les discours les plus éloquents. Il y a ces comportements qui nous révulsent, nous font douter de tout et de tout le monde. Ces situations qui nous font parfois trébucher ou sombrer dans les ténèbres, le néant. Il y a ces certitudes dans lesquelles nous nous enfermons souvent. Qui altèrent notre sens du discernement et notre appréciation des choses. Mais, il y a aussi, dieu merci, ces êtres rares qui forcent notre admiration, notre respect. Ou ces petits riens qui nous chuchotent des belles choses à l’oreille et nous transforment, d’un coup, une journée, un instant, une vie. Et puis, il y a surtout TOI, avec ton charme, tes travers, tes yeux, tes mains, ta voix, qui s’amusent à me mettre le cœur à l’envers.
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04.05.2006
Conversations d'une fille bien sage
-Allô ?
-C’est Moi, mon amour, ma fleur, mon étoile, ma lumière etc.
-Tiens, tiens, te re-voilà, toi. Avec tes formules à deux centimes d’euros, tes histoires à dormir debout et tes mots-doux usés, susurrés mille fois à l’oreille des poissons. Que me veux-tu encore ? Ah oui, j’ai compris : tu voudrais que je te dise que tu es le plus beau, le plus intelligent, le plus doué (en quoi déjà ?), le plus tout. Ou alors le moins tout ce que tu veux. Au choix. Mais non, mon lapin, c’est fini, terminé. Y a plus ça en magasin.
-Mmm...mais, ma chérie, ça va pas non ? T’as pété une durite ou quoi ?
-Pas du tout. Je sais parfaitement ce que je dis. Je veux que tu saches que j'en ai assez de ton égo démesuré. Assez d'entendre parler constamment de ton "charme irrésistible", de tes projets bidons, des tes rencontres, de tes exploits, de tes "fans". Je veux que tu saches que je honnis les hypocrites, les calculateurs, fussent-ils très drôles. Que je déteste autant les esprits étriqués, que ceux, comme le tien, prétendument ouverts à tout, y compris au mensonge, à la lâcheté, au vide, au rien.
-Allô ? Allô ?…. Il a raccroché. Mince ! J’avais encore tellement de choses à lui dire !!!
Et le rideau est tombé. Fin du premier acte... Et de la pièce.
-Allô maman ? Ca y est, c'est fait. Avec tes conseils à la c…, toujours à me dire comment il faut parler aux mecs, ces "drôles de zèbres venus d'une planète inconnue"! Ca m' fait une belle jambe! Me voilà encore seule maintenant ! T’es contente et fière de toi ?
-T’en fais pas ma puce. « Un de perdu et bla-bla, bla-bla et bla-bla ».
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27.12.2005
J'aurais voulu être un "artiiiiiste"!
Oui, quelqu’un ma raconté ton histoire. Tu as quitté ton bout de terre désolé, un beau matin de mai. Tu as dit à ta vielle mère que tu partais faire un tour. Et tu es monté, à tes risques et périls, sur cette barque malmenée par mille et une vagues. Tu as fait la traversée vers cet autre bout de terre qui fut tien, dans une autre vie, où il semble aujourd'hui, que l’herbe soit plus verte. Ton regard fuait celui de ces enfants perdus dans les rues de la vieille ville. Tu as pris le large sans te retourner une seule fois, afin d'empêcher qu’une larme récalcitrante ne te brouille la vue. Petit à petit, tu devenais un point à l’horizon puis, tu as disparu. Saura-t-on jamais par quel miracle tu as pu échouer sur cette plage, alors qu'à quelques encablures de là, tes compagnons d’infortune rejouaient, malgré eux, la scène du Radeau de la méduse? Tu as échappé aux patrouilles, puis aux rafles, plus tard. Et te voilà à trimer du lever au coucher du soleil, pour à peine de quoi assurer le quotidien de ceux que tu as laissés derrière toi. Vient ce jour fatidique où tu t’es retrouvé menottes aux poignets, tel un criminel ou un bandit de grand chemin. Poussé, sans ménagement aucun, dans une camionnette bondée, puis dans un avion affrété spécialement pour toi et d’autres compagnons de galère. Ceux-là mêmes avec qui, je t’ai vu fouler à nouveau ton coin de sol craquelé de misère. Abattu, évitant maladroitement le regard des curieux et des passants. Moi je me trouvais là, sans trop savoir comment ni pourquoi. Témoin de ton retour forcé, au milieu de ce nulle part. Cela a duré quelques minutes seulement. Assez pour lire sur ton visage la détresse, l’incompréhension et toutes les peines de la terre. Je pense à toi souvent. Je me demande ce que tu deviens. Je me demande si tu entends encore chanter les oiseaux ou si les effluves des champs parfumés d’à côté parviennent jusqu’à toi. Et je ne me remets toujours pas, de n’avoir pas le talent d’un Géricault ou d’un Doisneau. Car de l’expression de tes yeux, ce jour là, j’en aurais fait un chef-d’œuvre que je t'aurais offert, volontiers, en guise de consolation.
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19.11.2005
Salue les anges pour moi
Il est de ces anniversaires dont je me serais bien passée. Celui-ci, en particulier, qui célèbre ce jour à nul autre pareil, où tu es parti sur la pointe des pieds, sans crier gare. Sans me dire au revoir. Choisissant, précisément, ce moment d'exception qui te ressemble, entre la fin du jour et le début d’un autre jour. Comment as-tu pu me faire ce coup-là ? Toi qui était patient comme personne, qui haïssait tant l’imprévu et savait si bien prendre le temps pour toute chose? C’est étrange. Sans doute, parce que tu voulais éviter le tapage des adieux difficiles et sortir de la scène, comme tu as vécu, dans le calme et la discrétion. Tu voulais m’empêcher de te supplier de rester. Car, pour avoir trop longtemps attendu, tu ne pouvais plus attendre. Tu n’avais plus le temps de prendre ma main dans la tienne. De la caresser tendrement et d'y lire, une derière fois, jusqu’au bout des ongles, tes rêves de grand-père. Tu ne pouvais plus me décrocher ce sourire qui nourrit mes souvenirs d’enfant et qui s’entête à se suspendre à mes lèvres, encore, comme une empreinte, comme un signe de reconnaissance. Sais-tu seulement à quel point tu me manques ? Combien j’aurais aimé que ce petit bonhomme qui me regarde avec tes yeux et me harcèle de questions, puisse te demander, lui-même, comment marchent les saisons et pourquoi les oiseaux se cachent-ils pour mourir ? Tu sais bien que je ne suis pas douée pour ces choses-là ! Je ne sais pas non plus, comme toi, arrêter le temps ni attraper les étoiles. Je ne connais pas le langage des pierres, ni celui des arbres avant les pluies de décembre. Je sais à peine lui fredonner cette chanson, que le grand vent qui t’a emporté si loin, t’a interdit de nous chanter à ma petite sœur et à moi. Et je lui dis, pour le consoler de ne jamais pouvoir connaître la délicate chaleur de tes bras, que tu étais un être rare et que parmi les anges, tu veilles sur nous. Qu’avant de fermer les yeux à jamais, tu as prié encore pour que, tout comme toi, il soit bon, généreux et beau comme un dieu. Amen!
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15.11.2005
Moi, princesse aux pieds nus
Vous ne me connaissez pas. Mais moi je vous connais. Vous êtes le Maître du monde. Je viens d'un pays lointain où il ne pleut jamais, mais où tout le monde n'est pas malheureux. Il y a des gens, là-bas, qui sont même aussi nantis que vous, je vous le jure. J'ai fait le déplacement exprès pour venir vous voir, pour vous parler. Voilà. Je m’appelle Victoire. J’avoue que lorsque ma mère m’a expliqué ce que cela voulait dire, je suis restée un peu interloquée. Car, voyez-vous, je suis née au milieu des ordures, dans la puanteur, juste derrière la décharge publique. Ma maison est un amas de cartons, de tôles ondulées, de branches ramassées ici ou là. Comme vous pouvez le constater, je suis haute comme trois pommes, mais je ne me laisse pas faire. Mes copains et mes copines, tous en guenilles comme moi, m’ont élue chef de la bande. Remarquez, ils n’avaient pas le choix : je suis tellement forte ! C’est moi qui me lève avant tout le monde, qui veille sur le bien-être de chacun, comme une vraie petite maman. C'est encore moi qui guette l’arrivée des premiers camions-poubelles. Qui distribue les rôles et prend la tête des opérations, lorsqu’il s’agit de plonger, la tête la première, au milieu des sacs plastiques, des bouteilles vides et des restes des dîners de toute la ville, pour gagner notre pitance quotidienne. Il y a des jours AVEC et des jours SANS, bien sûr. Mais la règle, entre mes amis et moi, est de travailler dur et de ne jamais se plaindre. Ma mère est morte depuis longtemps. D’une maladie très grave et très répandue, qui, paraît-il, n’épargne même pas les riches. Mais pour ça, non plus, je ne me plains pas. Car aucun d’entre nous n’a de parents. Nous avons appris à nous débrouiller tous seuls. Aussi, si je me trouve devant vous aujourd’hui, ce n’est pas pour vous demander l’aumône. Non, ça n’est pas mon genre ! J’ai ma fierté tout de même ! Je veux juste que vous m’appreniez à lire et à écrire. Que vous m’appreniez, surtout, à dessiner des rêves, même d’un jour. Pour que grâce à moi, les yeux de mes amis voient, au moins une fois, une seule, autre chose que la misère. Pour que ma mère, de là où elle est, se dise, qu'elle a eu raison de m’avoir choisi mon prénom.
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09.11.2005
Allo, y'a quelqu'un?
Il a sonné à la porte et, le cœur battant, elle a ouvert. Ils se sont regardés. Premier choc. Ses jambes ne la portent déjà plus. Au secours ! Brusquement, tendrement, de ses bras, il la fait prisonnière. Elle respire à peine. Ca y est, elle est cuite, elle se rend. Puis, leurs lèvres se cherchent et se rapprochent doucement. Le sol se dérobe alors sous ses pieds et, tout d’un coup, elle part. Elle gravit les collines, redescend les vallées, pas à pas, longe les rivières. Elle fait d’autres rencontres, elle se rebiffe. Dans sa tête, remontent les effluves du ventre de la terre et s'installe un silence abyssal qui résonne comme des milliers de tambours. Elle livre bataille contre une armée de fantômes. Elle plonge. Elle se noie. Elle meurt. Combien de temps est-elle restée dans le coma ? Cinq minutes, une heure, deux ans ? Elle avait laissé Mozart en sourdine. Et, lorsqu’elle a ouvert les yeux, de guerre lasse, les notes s’étaient tues.
12:30 Publié dans Mes p'tites histoires | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
07.11.2005
Un son qui vient de l'intérieur
C’était un 07 novembre, au petit matin, lorsque ce bébé tant attendu a, enfin, pointé le bout de son nez. Voilà trois jours et trois nuits, que toute les femmes du village font bloc autour de la maman, pour la soutenir et implorer en chœur le ciel, afin qu’il leur fasse don du précieux événement. La maison est quasiment assiégée pour la bonne cause. Chaque mouvement, chaque cri de douleur de celle qui s’apprête à donner la vie, est ressenti individuellement par chacune de toutes ces femmes. On s’active et on invoque à gorge déployée, les dieux, les morts et les vivants. On psalmodie et on chante surtout, sans interruption, des mélodies connues depuis des temps immémoriaux. Des mélodies remplies d’amour, des pages entières où se cristallisent, chaque minute, chaque seconde qui passe, toute une culture, toute une histoire. Une histoire à transmettre, de génération en génération, une histoire à écrire. Dehors, tout est calme. Seuls les oiseaux participent à ce concert particulier. L’herbe respire sous la rosée du jour naissant et le soleil se prépare à libérer ses premiers rayons. Soudain, sur les notes douillettes d’une partition non écrite, j’ai franchi la porte du monde. Et j’ai poussé mon premier cri. Et vous me demandez pourquoi j’aime la musique ?
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27.10.2005
J'vais me gêner!
Rends-moi un service: dis aux passants, aux oiseaux, aux vers de terre, aux poissons et à qui voudra bien t’entendre, que tu ne m'as jamais vue. Que tu ne m'as jamais rencontrée. Que lorsque tu faisais ton Ulysse (avec le long voyage en moins!) ou que tu me chantais la sérénade, c'était du vent ! Tu veux que je te dise ? Je continue à danser sur les cimes de tes jolies phrases, de tes belles déclarations. Aujourd'hui, plus que jamais, elles restent mon butin de guerre. Vois-tu, en ce moment, j’ai d’autres préoccupations : je veux changer le monde ! J’avance, une fois bue ma culpabilité jusqu’à la lie, vers d’autres rives, d’autres aventures. Tu ne m’en crois pas capable ? Eh bien c’est ce que l’on va voir ! Mais ne t’y méprends pas. Je ne peux pas grand chose contre le sida, la famine dans le Tiers-monde, ces pauvres Africains que l’on envoie mourir, comme des rats, dans le désert marocain. Je ne peux rien non plus contre les ouragans dévastateurs, les tremblements de terre ou cette foutue grippe aviaire qui plane au-dessus de nos têtes. Je vais juste changer moi-même. Car le monde, c’est tout de même un peu MOI. Je vais apprendre à moins perdre du temps avec des gens qui n’en valent pas la peine. Apprendre à m’accommoder avec cette lucidité à laquelle j’ai si souvent posé des lapins, pour des mauvaises raisons. Je veux VIVRE, Partager et continuer à tricoter des milliers de rêves insensés. Et, qui m’aime me suive. C’est simple et c'est désormais la règle!
23:15 Publié dans Mes p'tites histoires | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Littérature



