28.04.2008

Merci et chapeau bas monsieur Césaire

Et voilà que le lion a tiré sa révérence. Le maître de la forêt des pieds nus, Césaire, le tant Aimé. Pour sûr, il va manquer à nombreux d’entre nous. Le chantre de la négritude. Celui qui a su, mieux que n’importe qui d’autre, dire non à l’ombre, aux ténèbres de l’asservissement de l’homme, au racisme et aux injustices sous toutes ses formes. Fort heureusement, il nous reste sa voix grandiose, qui résonnera longtemps encore dans nos oreilles et dans celles des générations à venir. Cette parole fondamentale, volcanique, rebelle, clamée dans cette langue à nulle autre pareille, qui s’est chargée de dénoncer, non seulement le sort réservé à l’homme Noir depuis des siècles, mais bien au-delà, de traduire, les interrogations, les angoisses, la soif de liberté et les espérances de l’humanité tout entière dans la société contemporaine. A sa disparition il y a quelques jours, à l’âge de 94 ans, le grand homme n’est pas entré au Panthéon, comme l’ont réclamé, non sans arrières pensées, des membres de la classe politique hexagonale. Certes, le prestige du lieu sied tout à fait à cette figure d'exception. D'aucuns auraient même évalué le geste comme étant un juste retour des choses pour celui qui, de son vivant –et dieu sait si cette  plume immense l’aurait mérité- n'a pas eu non plus sa place à l’Académie Française! Pas dupes, ses proches ont préféré la belle terre de Martinique pour laquelle, le poète comme l’homme politique qu’il était a tant donné et où il repose, désormais, auprès des siens. Mais alors que l'homme de l'abject discours de Dakar a décidé d'offrir des funérailles nationales à Césaire, ce légendaire insoumis qui avait d'ailleurs refusé de recevoir, il y a deux ans, l'ancien ministre de l'Intérieur devenu président, pour cause de projet de loi sur "le rôle positif de la colonisation", il ne s’est pas trouvé –quel scandale!– un seul chef d’Etat, ancien ou actuel, de cette Afrique que l’ami de Senghor a tant chantée et portée toute sa vie dans sa chair et dans son esprit, pour venir saluer sa dépouille. Incompréhensible et impardonnable. Mais l'heure n'est point aux procès inutiles, voulez-vous. Laissons les uns à leurs velléités ambiguës de rédemption et les autres, à leur confortable amnésie. Pour honorer sa mémoire, le mieux serait de découvrir ou de redécouvrir les textes (poèmes, essais, pièces de théâtre…) de cet illustre écrivain. Cet être unique, raffiné et pétri d'intelligence dont André Breton disait -littéralement bouleversé lorsqu'il fut confronté, par hasard, en 1941, à la puissance du " Cahier d’un retour au pays natal " (eouvre majeure et fondatrice, que Césaire a écrite à seulement 25 ans)-, qu’il était "non seulement un Noir mais tout l’homme… le prototype de la dignité".

24.01.2007

Au revoir Monsieur l'Abbé

Je ne suis pas très douée pour les nécrologies ou, pour dire vrai, je n’aime pas trop ça. Car, l'exercice cache, à mon sens, ce côté un peu "trop facile" de dire des choses sur quelqu'un qui n'est plus là pour les entendre. L’Abbé Pierre, comme chacun sait, vient de rejoindre son Créateur, ce 22 janvier, à l’âge de 94 ans. De son vivant, il n’a d'ailleurs jamais été porté sur les honneurs, ni les cérémonies et encore moins les compliments. Et puis, que pourrais-je ajouter à ce qui a déjà été dit sur cet être rare ayant consacré toute sa vie aux plus démunis ? Qui, en tout temps et en tous lieux a agi, au nom de ceux auxquels il a tenté et réussi, souvent, à donner un toit, un couvert et surtout une dignité? J’ai eu l’occasion, l’année dernière, à la sortie de son dernier ouvrage, de dire, ici même, dans une note intitulée « Le vieil homme et l’amour », mon admiration et mon profond respect pour cet illustre personnage qui reposera, dans quelques heures, dans le cimetière d’une petite commune de Normandie, aux côtés de ses vieux compagnons de combat. Ainsi, le fondateur du mouvement Emmaüs a tiré sa révérence et comme des millions de gens, je suis triste. Mais je ne pleure pas. Car, je crois qu'il n'aurait pas du tout apprécié que l'on verse des larmes sur sa dépouille, alors qu'il a voué son existence à les empêcher de couler, chez les adultes comme chez les enfants. Et qu'il n'avait surtout pas peur de la mort, au contraire. Se sachant sur le départ, n'a-t-il pas lui-même tenu, il y a peu, ces propos : « pour moi, la mort n’est pas une fin mais une continuité. C’est comme quitter l’ombre pour entrer dans la lumière ». Aussi, je me permets de m’adresser à toi, cher Abbé Pierre, pour te dire simplement au revoir et merci. Merci d’avoir existé même si tu pars, après tant d’années de lutte, sans avoir pu vivre, un seul jour, dans un monde plus juste. Merci d’avoir été là, le temps que tu as pu, pour ceux qui vont, grâce à toi, pouvoir encore passer l'hiver au chaud. Merci, surtout, d’avoir su transmettre à d’autres, à travers le monde, un peu de ta volonté d’ "essayer d’aimer".

 

05.01.2007

C'est quoi une bonne résolution?

A chaque début d’année, c’est pareil. J’entends toujours autour de moi la même rengaine : je vais arrêter de fumer, de boire, de dépenser sans compter et faire des économies, je vais me mettre au sport, lire tous les bouquins qui traînent sur les rayons de ma bibliothèque, en acheter plein d’autres, (surtout les derniers prix littéraires, histoire d’avoir l’air intelligent et d’être dans le vent, n’est-ce pas), aller plus au cinéma, au concert, au théâtre, faire du bénévolat… Que sais-je encore ? Bilan de l’année écoulée, le soir du réveillon ? Très souvent, pas grand chose. Il m’arrive aussi, comme tout le monde, aux premiers jours de chaque nouvelle année, de me mettre plein d’étoiles dans les yeux, voire de me promettre de me décrocher moi-même la lune puisque, personne n’a été foutu, jusqu’ici, d’accomplir « ce petit geste symbolique » pour moi. Et de m’apercevoir, par la suite, que je n’ai pas réalisé la moitié de ce que j’avais prévu, par manque de temps ou de courage. C’est bête non ? Alors voilà, c’est décidé : aucune résolution pour 2007. Non pas que tout soit parfait, juste l’envie de me lever chaque matin, sans pression et essayer, autant que faire se peut, de faire ce que j’ai à faire et « réussir » chaque journée. Sans oublier de garder le sourire et de partager ce que je peux avec les autres. Vu comme ça, ce n’est pas transcendant, je vous le concède. Mais ça n’est pas rien de réaliser, à son rythme et par les temps qui courent, ses rêves et ses projets. C'est même un défi majeur d'essayer de vivre, tout simplement, dans un monde devenu fou à lier, sans repères, où tout le monde court dans tous les sens, sans raison, où il n’y a de loi que celle des puissants, où des milliers de personnes meurent chaque jour de faim, de froid, à cause de la guerre, des catastrophes naturelles ou pire, de l’indifférence générale. Bonne et heureuse année, tournée vers vous et les autres, bonnes résolutions ou pas.

20.10.2006

Rectificatif à propos de l'article "Quand l'Afrique se soutrait à la marche du monde..."

 Voici un mot que j'ai reçu de l'auteur de ce texte dont je vous parlais il y a quelques jours.

"je viens de lire sur votre site mon article : Quand l'Afrique se soustrait à la marche du monde... Je voudrais juste vous demander de rectifier l'intro, je suis canadien originaire du MALI et non du Sénégal. Je suis donc Canado-Malien. Mercid'avoir permis à beaucoup de gens de me lire. Ayant fait le CESTI de Dakar, je sais que mes amis sénégalais ne se tromperont pas".

Ousmane Sow
à Montréal

Voilà, c'est chose faite.

 

27.09.2006

Quand l’Afrique se soustrait à la marche du monde : de nouveau esclave?

Ce titre qui en dit long sur l'état et le devenir du continent noir, à l'heure de la mondialisation, n'est pas de moi. Le texte édifiant qui suit non plus. Il est signé par un journaliste canadien, d'origine malienne,  installé à Montréal. Quant à moi, je l'ai reçu d'un ami m'ayant chargé de le transmettre au plus grand nombre de personnes. Aussi, si vous  vous  intéressez, un tant soit peu, au sort de ce continent, vous comprendrez, en le parcourant, à quel point cet ami avait toutes les raisons de vouloir le partager. Le premier réflexe fut pour moi de l'envoyer, en document joint, à une bonne partie de mon carnet d'adresses. Par la suite, deux autres de mes amis journalistes responsables d'organes de presse ont décidé de le publier (je profite, d'ailleurs, de l'occasion pour les en remercier encore). Après coup, j'ai pensé que je pouvais, à mon tour, me servir de cette fenêtre, pour les mêmes raisons. Je vous laisse donc le découvrir. Bonne lecture.

 

Il arrive dans la vie qu’une conversation banale nous secoue pendant des heures, voire des jours. J’attendais tranquillement un ami au terminus d’autobus de Montréal quand un monsieur d’un certain âge a pris place à mes côtés avant d’engager l’une des conversations les plus enrichissantes de ma vie. Professeur d’études stratégiques dans un institut international, l’homme connaît le continent africain comme le fond de sa poche. Son analyse, son point de vue sur notre avenir, donne froid dans le dos. Et s’il vous plaît, ne sortez pas la rancune du «colon nostalgique». Lisez avec la tête et la raison ce qu’il dit. Je vous rapporte fidèlement ses constats :

« Cela fait maintenant plus de 25 ans que j’enseigne la stratégie. Dans ma carrière, j’ai eu affaire à des dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires africains. Je suis malheureusement obligé de vous dire ceci : du point de vue des études stratégiques, de l’analyse et de l’anticipation, je leur donne un gros zéro pointé. Nos stagiaires africains sont très instruits, ils ont de belles tenues militaires ou manient le français de manière remarquable, mais, dans les cours, ils ne nous apportent rien.

Tout simplement, parce qu’à ma connaissance, dans toute l’Afrique francophone, il n’y a pas un seul centre d’études stratégiques et internationales avec des vrais professionnels à leur tête. Je vais vous expliquer pourquoi je n’ai aucun espoir pour ce continent. Au moment où je parle, le monde fait face à trois enjeux principaux : l’énergie, la défense stratégique et la mondialisation. Donnez-moi un seul cas où l’Afrique apporte quelque chose. Rien. Zéro.

Commençons par l’énergie et précisément le pétrole. Tous les experts mondialement reconnus sont unanimes à reconnaître que d’ici 15 à 20 ans, cette ressource sera rare et excessivement chère. En 2020, le prix du baril tournera autour de 120 dollars. C’est conscients de cette réalité que des pays comme les USA, la France, la Chine, le Royaume Uni, etc. ont mis sur pied des task force chargés d’étudier et de proposer des solutions qui permettront à ces nations de faire main basse sur les ressources mondiales, de s’assurer que quoi qu’il advienne, leur approvisionnement sera assuré.

Or, que constate-t-on en Afrique ? Les dirigeants de ce continent ne sont même pas conscients du danger qui les guette : se retrouver tout simplement privé de pétrole, ce qui signifie ni plus ni moins qu’un retour à la préhistoire !Dans un pays comme le Gabon qui verra ses puits de pétrole tarir dans un délai maximum de 10 ans, aucune mesure de sauvegarde, aucune mesure alternative n’est prise par les autorités. Au contraire, ils prient pour que l’on retrouve d’autres gisements. Pour l’Afrique, le pétrole ne comporte aucun enjeu stratégique : il suffit juste de pomper et de vendre. Les sommes récoltées prennent deux directions : les poches des dirigeants et les coffres des marchands d’arme. C’est pathétique.

Ensuite, la défense stratégique. L’état de déliquescence des armées africaines est si avancé que n’importe quel mouvement armé disposant de quelques pick-up et de Kalachnikov est capable de les mettre en déroute. Je pense qu’il s’agit plus d’armées de répression intérieure que de guerre ou de défense intelligente. Pourquoi ? Parce que, comparées aux armées des nations développées, de la Chine, de l’Inde ou du Pakistan, les forces africaines rappellent plus le Moyen âge que le 21e siècle. Prenez par exemple le cas de la défense anti-aérienne. Il n’y a quasiment aucun pays qui possède un système de défense équipé de missiles anti-aériens modernes. Ils ont encore recours aux canons antiaériens. Les cartes dont disposent certains états-majors datent de la colonisation ! Et aucun pays n’a accès à des satellites capables de le renseigner sur les mouvements de personnes ou d’aéronefs suspects dans son espace aérien sans l’aide de forces étrangères.

Quelle est la conséquence de cette inertie ?Aujourd’hui, des pays comme les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni peuvent détruire, en une journée, toutes les structures d’une armée africaine sans envoyer un seul soldat au sol. Rien qu’en se servant des satellites, des missiles de croisière et des bombardiers stratégiques.

A mon avis et je crois que je rêve, si les pays africains se mettaient ensemble, et que chacun accepte de donner seulement 10 % de son budget militaire à un centre continental de recherche et d’application sur les systèmes de défense, le continent peut faire un pas de géant. Il y a en Russie, en Ukraine, en Chine, en Inde, des centaines de scientifiques de très haut niveau qui accepteraient de travailler pour 3000 dollars US par mois afin de vous livrer des armes sophistiquées fabriquées sur le continent et servant à votre défense. Ne croyez pas que je rigole. Il ne faut jamais être naïf. Si la survie de l’Occident passe par une recolonisation de l’Afrique et la mainmise sur ses ressources naturelles vitales, cela se fera sans état d’âme.

Ne croyez pas trop au droit international et aux principes de paix, ce sont toujours les faibles qui s’accrochent à ces chimères. Je pense qu’il est temps de transformer vos officiers (dont 90 % sont des fils à papa pistonnés qui ne feront jamais la guerre et je sais de quoi je parle) en scientifiques capables de faire de la recherche et du développement. Mais, je suis sceptique. Je crois que ce continent restera enfoncé dans le sommeil jusqu’au jour où le ciel lui tombera sur la tête. Enfin, la mondialisation.

Malheureusement, comme dans tous les autres sujets qui ont fait leur temps, les stagiaires africains que nous recevons sont d’excellents perroquets qui répètent mécaniquement les arguments qu’ils entendent en Occident. A savoir, il faut la rendre humaine, aider les pays pauvres à y faire face. Vous savez, dans mes fonctions, il y a des réalités que je ne peux dire, mais je vais vous les dire. La mondialisation est juste la forme moderne de perpétuation de l’inégalité économique. Pour être clair, je vous dirai que ce concept à un but: garder les pays pauvres comme sources d’approvisionnement en biens et ressources qui permettraient aux pays riches de conserver leur niveau de vie.

Autrement dit, le travail dur, pénible, à faible valeur ajoutée et impraticable en Occident sera fait dans le Tiers-monde. Ainsi, les appareils électroniques qui coûtaient 300 dollars US en 1980 reviennent toujours au même prix en 2006. Et puisque l’Afrique n’a toujours pas un plan cohérent de développement économique et d’indépendance, elle continuera à être un réservoir de consommation où seront déversés tous les produits fabriqués dans le monde. Pour moi, l’indépendance signifie d’abord un certain degré d’autonomie. Mais, quand je vois que des pays comme le Sénégal, le Mali, le Niger, le Tchad ou la Centrafrique importent quasiment 45 % de leur propre nourriture de l’étranger, vous comprendrez qu’un simple embargo militaire sur les livraisons de biens et services suffirait à les anéantir.

Pour terminer, je vais vous raconter une anecdote. Je parlais avec un colonel sénégalais venu en stage chez nous, il y a quelques mois. Nous regardions à la télévision les images de millions de Libanais qui défilaient dans les rues pour réclamer le retrait des soldats syriens de leur pays. Je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Il m’a répondu : « Les Libanais veulent retrouver leur indépendance et la présence syrienne les étouffe ». C’est la réponse typique de la naïveté empreinte d’angélisme. Je lui ai expliqué que ces manifestations ne sont ni spontanées ni l’expression d’un ras-le-bol. Elles sont savamment planifiées parce qu’elles ont un but.

Israël piaffe d’impatience d’en découdre avec le Hezbollah et puisque Tel-Aviv ne peut faire la guerre en même temps aux Palestiniens, au Hezbollah et à la Syrie, son souhait est que Damas se retire. Une fois le Liban à découvert, Israël aura carte blanche pour l’envahir et y faire ce qu’elle veut. J’ai appelé cet officier sénégalais il y a deux jours pour lui rappeler notre conservation. Malheureusement, il était passé à autre chose. Son stage ne lui a servi à rien.

J’espère vraiment qu’un jour, les Africains auront conscience de la force de l’union, de l’analyse et de l’anticipation. L’Histoire nous démontre que la coexistence entre peuples a toujours été et sera toujours un rapport de force. Le jour où vous aurez votre arme nucléaire comme la Chine et l’Inde, vous pourrez vous consacrer tranquillement à votre développement.

Mais tant que vous aurez le genre de dirigeants que je rencontre souvent, vous ne comprendrez jamais que le respect s’arrache par l’intelligence et la force. Je ne suis pas optimiste. Car, si demain l’Union africaine ou la Cédéao décide de créer un Institut africain d’études stratégiques crédible et fiable, les personnes qui seront choisies se précipiteront en Occident pour apprendre notre manière de voir le monde et ses enjeux. Or, l’enjeu est autre, il s’agit de développer leur manière de voir le monde, une manière africaine  tenant compte des intérêts de l’Afrique. Alors, les fonctionnaires qui seront là, avec un statut diplomatique, surpayés, inefficaces et incapables de réfléchir sans l’apport des experts occidentaux se contenteront de faire du ‘’copier-coller’’; ce sera un autre parmi les multiples gâchis du continent. Avant que vos ministères des Affaires étrangères ne fassent des analyses sur la marche du monde, ils feraient mieux d’en faire d’abord pour votre propre intérêt ».

Ousmane Sow (journaliste, Montréal)

27 juillet 2006

26.09.2006

Signes du temps

C’est sans grand intérêt, mais il me vient l’envie de revenir sur quelques anecdotes liées à l’actualité de ces dernières semaines. Comme ce show pathétique que nous a offert, lors de la grande messe de l’université d’été de l’UMP, le nonchalant rappeur dissident de la banlieue parisienne, Bruno Beausir, connu sous le nom de Doc Gyneco. L’on a vu donc celui-ci s’afficher, comme le veut la tendance "people" actuelle de la politique, au bras de Sarkozy, le bouillonnant ministre français de l’Intérieur, président du parti de la majorité et accesoirement candidat déclaré à la Présidentielle de 2007. On connaissait du rappeur aujourd’hui embourgeoisé et dont la carrière avance comme lui, à 2 à l’heure, les textes acides de ses débuts, son goût de la provocation et, surtout, depuis quelques années, son statut de rigolo de service sur les plateaux télé. On découvre au grand jour son opportunisme et toute l’étendue de sa bêtise, noyant sans scrupules, sous les volutes de ses prétendues convictions, les mémorables sorties de celui qu’il nomme avec une ironie douteuse, son « petit maître à penser »: le Kärcher, les expulsions intempestives et surmédiatisées, l’immigration choisie et j'en passe... On se demande contre quelle promesse, l’actuel locataire de la Place Beauvau s’est-il attiré les faveurs, ô combien dérisoires, de l’ex-enfant des cités? Un ministère ? La légalisation du cannabis ? Une opération tous azimuts de rachat de ses disques qui traînent dans les bacs? Je vous avais prévenu, ceci est vraiment le genre d’info sans intérêt qui, au mieux, fait juste sourire doucement.

Une autre info révélatrice d’une bêtise d’une tout autre nature, bien plus sournoise et pernicieuse, celle de la pensée que l'on formate et de la raison qui fout le camp. Cette fois, l'alerte nous est parvenue du conseil représentatif des associations noires de France (Cran) et le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap). De quoi est-il question? De l'édition 2007 du Petit Robert dont les deux associations réclament "le retrait pur et simple" pour sa définition des mots "colonisation" et "coloniser". Pour le premier le cher Petit Robert nous donne à lire ceci:"mise en valeur, exploitation des pays devenus colonies". Et le deuxième: "coloniser un pays pour mettre en valeur, en exploiter les richesses". Les deux associations appellent également à "la mise en place d'un groupe d'étude" afin de réfléchir à une autre définition des mots incriminés. Dans son communiqué, le MRAP dénonce "cette nouvelle tentative de réhabilitation et de glorification du colonialisme" et accuse le Petit Robert de "reprendre à son compte l'esprit de la loi du 23 février 2005 qui reconnaissait à la colonisation française un rôle positif". En ce qui me concerne, j’ai plutôt une pensée pour l'un de mes professeurs de français qui se donnait un mal fou à m'inculquer les vertus de la fameuse institution dont le rôle, faut-il le rappeler, est de nous éclairer et non de nous brouiller les esprits, déjà bien malmenés par la vanité, la folie des hommes, l'exclusion et l'intolérance ambiantes.

Pour finir, le 11 septembre dernier, l’on a commémoré comme il se devait, le cinquième anniversaire des terribles attaques terroristes qui ont pulvérisé les tours jumelles du World Trade Center et endeuillé l’Amérique. Avec leurs 3000 victimes dont des ressortissants de plus de 90 pays. Ce jour-là, l’ambassadeur des Etats-Unis au Kenya s’est rendu à Enoosaen, un petit village massaï du sud-ouest du pays aujourd’hui connu pour avoir fait don, peu après les tragiques événements, de 14 vaches au peuple américain. Par son geste que l’on peut observer de loin comme étant décalé, ce peuple de pasteurs dont la vache constitue le bien le plus précieux, la richesse essentielle de son économie traditionnelle, voulait témoigner son soutien et sa solidarité envers un autre peuple frappé par le malheur. Ni plus, ni moins. Un acte spontané et totalement désintéressé qui relève des valeurs culturelles de cette communauté, comme l'on en compte souvent chez ceux qui ne possèdent pas grand chose, mais pour lesquels il est pourtant naturel, de tout partager avec les autres. Et donc Monsieur l’ambassadeur a fait le déplacement, afin de remercier le village Massaï et ses habitants pour leur cadeau, qui n’a d’ailleurs pu être acheminé aux Etats-Unis pour « des raisons douanières et sanitaires ». Mais, surtout, pour annoncer l’octroi de 14 bourses scolaires – eh oui, pas 12 ou 20, mais 14, soit une pour chaque vache donnée- destinées à des jeunes originaires de ce village. La compassion, le respect de l'autre seraient-elles donc une simple question d'arithmétique? J’ignore ce que ces 14 futurs étudiants vont apprendre en Amérique. Plein de choses intéressantes, sans aucun doute. Mais une chose est sûre: la générosité et la classe, ils en ont naturellement à revendre et à distribuer par brassées, en l'occurence, aux autorités de la première puissance du monde.

31.08.2006

Mon nom est Maoré... Mayotte, si vous voulez

L’« île aux parfums » !!! Je sais, ce doux nom auquel je réponds souvent, sonne aux oreilles des touristes éventuels comme une belle promesse de détente et de bien-être. Tant mieux. Quant à moi, je n'ai pas l'esprit assez libre pour me laisser enivrer par les effluves de cette fleur qui pousse sur mon flanc depuis toujours! Cette fleur fort prisée par les grands parfumeurs de ce monde, qui ne me rapporte quasiment rien. Autant vous prévenir tout de suite: j'ai très peu à voir avec cette image de carte postale que l’on se fait habituellement, depuis l’Occident, de ces petits morceaux de terre lointains, bordés comme moi par l’océan. Tout autour de ma petite stature en forme d’hippocampe s’étale une mangrove, en lieu et place des plages au sable fin où les clients d’hôtels de luxe en mal de soleil et de sensations exotiques pourraient se prélasser à longueur de journée. Mais bon, là n’est pas le problème, j’en conviens. Le vrai souci est que, malgré mes grands airs, mon allure détachée et mon sourire affiché de nuit comme de jour, je suis un nœud de tourments, de paradoxes, de mensonges, de lâchetés bien partagées et de contradictions. J’ai des fourmis dans les jambes et dans ma tête, un gros bazar. Je crois même que j’ai carrément perdu la raison. A tel point que je ne sais plus vraiment comment je m'appelle, ni d’où je viens et encore moins où je vais. Devant moi, c’est le brouillard complet. Voilà des années maintenant, que j’entends souffler les vents des mauvais jours et gronder dans mon ventre, la haine et les tensions grandissantes. Mon voisinage craint même, à juste titre, qu’un de ces quatre matins, je n’explose. Et que le feu qui jaillirait, alors, de mes entrailles n’embrase toute la région. Au fond, je suis complètement perdue. Tout a commencé, il y a un peu plus de 30 ans lorsqu’un jour, suite à un fabuleux tour de passe-passe, je me suis réveillée « française ». Officiellement séparée de mes trois îles-sœurs vouées, dès lors, à un autre destin pas très enviable, loin s’en faut. Ne me demandez surtout pas comment ni pourquoi. D’autres plus calés que moi sur ces questions de droit international, à commencer par les Nations-unies, n’en sont toujours pas revenus. Je sais seulement que ceux qui m'ont mis dans cette posture incongrue ne savent plus trop quoi faire de moi et me traînent, depuis, comme un boulet. Normal, je n’ai ni pétrole ni rien du tout à leur offrir en retour. Me voici donc aujourd’hui, accrochée comme une damnée, à leurs salutaires subventions au léger goût de cyanure. Cela me permet, au moins, de faire bonne figure, même si les états d’âme, les remords, les scrupules, c’est pas mon fort. Vous savez, il y a belle lurette que j’ai jeté dans mon lagon ma fierté, ma vertu, en même temps que mon passé et mon histoire. Aussi, lorsque l'on me bassine avec le sort de ceux qui furent les miens, jadis, qui viennent mourir chaque année, par centaines, non loin de mes côtes, en tentant de traverser à bord de petites embarcations de fortune, le minuscule bras de mer qui nous sépare, eh bien, cela me laisse complètement indifférente. Celui de ces milliers d'autres que l’on reconduit chaque jour en masse à la frontière, après avoir subi toutes sortes d’humiliations et de tracas, ne m'empêche pas non plus de dormir. La sacro-sainte patrie des droits de l'Homme a ses raisons que la raison ignore. Moi, en tout cas, je n’ai qu’une seule et unique préoccupation : accéder le plus vite possible, au statut béni de département de la douce France et jouir allégrement du même traitement que le Lubéron ou la verte Normandie. C’est mon obsession, ma raison de vivre, ma respiration. Le reste, ma foi, est une autre histoire !

03.04.2006

Vous avez dit Francophonie?

A moins que vous ne viviez totalement reclus, terré dans un trou, quelque part au fin fond de la France, sans aucun contact avec l'extérieur, vous n’avez pu manquer le tapage médiatique autour du dernier Salon du Livre à Paris. Rassemblant les écrivains issus des pays ayant le français en partage, l’événement marquait, en même temps, le lancement de l’année de la Francophonie sur tout le territoire. Pour beaucoup, parmi les poètes, romanciers, essayistes ou conteurs, conviés à cette grande parade de la Porte de Versailles, laquelle, sauf exception, comme ce fut le cas cette année, n’intéresse plus que les « professionnels de la profession » -à l'instar des Césars ou des Molières-, la langue de l'ancien colonisateur fait partie de leur construction identitaire. Quelquefois, au même titre que leur langue maternelle. Ils l’ont adoptée puis choisie, sans complexe ni état d’âme, comme moyen d’expression de leurs imaginaires, de leurs cultures diverses et variées, mais aussi et surtout, pour dire leur vision du monde. Quoi qu’en pensent les esprits chagrins, c’est à ces hommes et ces femmes provenant de cet espace enraciné dans les cinq continents, que revient le mérite de renouveler et d’enrichir sans cesse avec leurs univers, leurs accents, leurs couleurs, une langue qui ne fait plus désormais le poids face à un anglais dominant, dans le processus en cours de la mondialisation.

Il semble, pourtant, qu’il ait fallu mettre en place une telle opération pour que l'on découvre sous la lumière, des auteurs pour la plupart prolixes et reconnus par delà les frontières de leur propre pays et de l'Hexagone. On le sait, il y a longtemps que d'aucuns ont rangé le concept même de Francophonie dans le grenier, sur la même étagère que les vieilles porcelaines fêlées et poussiéreuses de grand-mère, dont on ne se sert plus, sans jamais oser s’en séparer. Mais chut ! D’ailleurs, n’est-il pas fort étonnant que parmi les 63 états et gouvernements francophones, celui qui l'est le moins soit la France elle-même ? Les organisateurs du Salon du livre le savent bien puisque, leur sélection officielle des écrivains invités ne comptait aucun français!!! Bizarre non? Néanmoins, les mastodontes comme les petits poucets de l'édition française étaient là, évidement, bien propres sur eux, s'affichant aux meilleures places devant leurs cargaisons plus ou moins intéressantes, soutenues à coup de publicité, d’émissions télé et radio etc. En tout cas, apparemment, tout le monde était content. A commencer par ces combattants de la plume venus d’ailleurs qui, loin d'être dupes, n'ont pas boudé cette vitrine inespérée que, pour une fois, l’on a daigné leur offrir! Même si, ne nous y trompons pas, c’est pour des bien basses et inavouables raisons. Que cela ait pu profiter à quelques uns parmi eux ne peut être qu’une excellente chose! La semaine dernière, par exemple, pour faire un cadeau à une amie, j’ai fait trois librairies sous la flotte, à la recherche de Aux Etats-Unis d’Afrique, le dernier opus du djiboutien Abdourahmane Waberi (éditions J.C Lattès) dont j'ai le plaisir de suivre, même de loin, le travail depuis pas mal d’années. Eh bien, trois fois de suite, je me suis vue répondre avec un sourire : « désolé, c’est en rupture de stock » ou encore « le dernier vient de partir à l’instant, on vous le commande si vous voulez ». C’est bien la première fois que j’entends cela à Paris, à propos d’un auteur africain ! Pas de toute, le grand spectacle a eu son petit effet et l'on ne va pas s'en plaindre. C’est tout à fait louable mais néanmoins pathétique et, surtout, révélateur d’un certain malaise.

Tout ceci me fait penser au même boucan médiatique, ayant entouré ces derniers jours, l’annonce du remplacement prochain de notre PPDA national durant ses vacances d’été, par le présentateur d’origine martiniquaise, Harry Roselmack. N’est-il pas malheureux, voire honteux, qu'en 2006, dans un pays comme la France, l’on en soit encore à considérer comme quelque chose d'extraordinaire, un simple remplacement par un Noir, fût-il à la grand-messe du 20 heures de la plus puissante chaîne nationale ? Inutile de rappeler que dans les pays anglophones la même chose serait d’une banalité sans nom et cela en dit long sur l’état des mentalités dans ce pays. Il n’empêche ! Je suis ravie pour la quarantaine d’auteurs francophones du dernier Salon du Livre, comme pour ce confrère dont on vante tant les qualités professionnelles ! En attendant, tout de même, comme tout le monde, de juger sur pièce !